# Le remblai : techniques et bonnes pratiques pour vos travaux

Les opérations de remblaiement constituent une phase déterminante dans la réalisation d’infrastructures routières, ferroviaires ou d’aménagements urbains. La qualité de ces ouvrages en terre conditionne directement la stabilité des plateformes et la durabilité des constructions qui y seront implantées. Avec la publication du nouveau Guide des Terrassements Routiers (GTR) en 2023, les exigences techniques se sont affinées, intégrant notamment la classification européenne des matériaux selon la norme NF EN 16907-2. Cette mise à jour majeure impose aux professionnels du BTP une maîtrise approfondie des caractéristiques géotechniques des sols, des protocoles de compactage et des technologies de contrôle. La réussite d’un projet de remblaiement repose sur une approche méthodique qui articule reconnaissance géotechnique, sélection rigoureuse des matériaux, mise en œuvre contrôlée et vérifications systématiques.

Caractéristiques géotechniques des matériaux de remblai : granulométrie et classification GTR

La sélection des matériaux de remblai ne peut s’effectuer sans une caractérisation géotechnique précise. Cette étape préalable détermine l’aptitude d’un sol à supporter les charges et à maintenir sa stabilité dans le temps. Les propriétés physiques et mécaniques des matériaux influencent directement les conditions d’utilisation en remblai et les modalités de compactage à mettre en œuvre. Selon les données du secteur, environ 65% des désordres constatés sur les remblais résultent d’une mauvaise identification initiale des sols, soulignant l’importance cruciale de cette phase d’analyse.

Classes de sols selon la norme NF P11-300 pour les remblais routiers

Le Guide des Terrassements Routiers établit une classification des matériaux qui distingue plusieurs catégories fondamentales. Les sols de classe A regroupent les sols fins à dominante argileuse ou limoneuse, caractérisés par une fraction fine supérieure à 35%. Ces matériaux présentent une sensibilité marquée aux variations d’humidité et nécessitent des conditions d’exécution strictes. Les sols de classe B correspondent aux sols sableux et graveleux avec fines, contenant entre 12% et 35% d’éléments fins. Leur comportement mécanique s’avère généralement plus favorable que celui des sols A. La classe C rassemble les sols comportant des éléments rocheux grossiers, tandis que la classe D concerne les sols insensibles à l’eau avec une fraction fine inférieure à 12%. La classe R désigne les matériaux rocheux évolutifs ou non, dont plus de 60% des éléments dépassent 20 mm. Cette classification permet aux équipes techniques d’anticiper le comportement des matériaux lors de leur mise en œuvre et d’adapter les procédures de compactage.

Analyse granulométrique et coefficient d’uniformité de hazen

L’analyse granulométrique par tamisage constitue un essai fondamental pour caractériser la distribution des tailles de grains dans un sol. Cette courbe granulométrique fournit des informations essentielles sur la texture du matériau. Le coefficient d’uniformité de Hazen, noté Cu, se calcule selon la formule Cu = D60/D10, où D60 représente le diamètre correspondant à 60% de passant et D10 celui correspondant à 10% de passant. Un coefficient supérieur à 4 indique un sol bien gradué, généralement favorable pour le compactage. À

l’inverse, un coefficient faible traduit un sol mal gradué, composé de grains de taille trop uniforme, moins favorable à la création d’un « squelette » granulaire stable. En pratique, les laboratoires complètent souvent l’analyse par le coefficient de courbure Cc, afin de vérifier la continuité de la granulométrie entre les diamètres caractéristiques. Pour vos travaux de remblaiement, viser une courbe bien étalée, sans « trou » granulométrique, permet d’améliorer la compacité, de limiter les vides intergranulaires et de réduire les risques de tassement différé. À l’échelle du chantier, cette bonne graduation se traduit par un compactage plus rapide et une portance plus homogène sous les futurs ouvrages.

Limites d’atterberg et indice de plasticité des argiles de remblaiement

Pour les sols fins utilisés en remblai, les limites d’Atterberg constituent des indicateurs incontournables. La limite de liquidité WL et la limite de plasticité WP permettent de définir l’indice de plasticité IP = WL - WP, paramètre clé pour apprécier la sensibilité d’un matériau argileux aux variations de teneur en eau. Un IP élevé traduit un comportement très plastique, avec un risque important de retrait-gonflement et de déformations différées. À l’inverse, un IP faible correspond à des sols plus « nerveux », moins sensibles à l’eau mais parfois plus difficiles à compacter de manière homogène.

Dans le cadre du GTR, ces valeurs d’Atterberg orientent la classe d’emploi des matériaux de remblai et les précautions de mise en œuvre. Par exemple, des argiles très plastiques seront exclues des zones de remblai structurel sous chaussée ou dalle, sauf traitement à la chaux ou au ciment. Pour vous, maître d’ouvrage ou entreprise, comprendre ces données revient à lire la « carte d’identité » du sol : vous savez jusqu’où vous pouvez l’exploiter sans mettre en péril la stabilité de votre remblai. En cas de doute, il est recommandé d’associer le géotechnicien dès la phase d’étude pour définir les plages de teneur en eau admissibles et les mesures de traitement.

Valeur au bleu de méthylène et critères de sélection des matériaux

La valeur au bleu de méthylène, notée VBS, complète utilement l’analyse granulométrique et les limites d’Atterberg. Cet essai mesure la quantité de bleu adsorbée par les particules fines du sol et permet d’apprécier l’activité argileuse de la fraction inférieure à 63 µm. Plus la VBS est élevée, plus le sol contient d’argiles actives susceptibles de retenir l’eau, de se ramollir et de perdre de la portance. Dans le dimensionnement d’un remblai, cette information est déterminante pour juger de l’aptitude des matériaux à constituer une couche de forme ou à participer au squelette porteur.

Les guides techniques, dont le GTR et le Fascicule 2 du CCTG, fixent des valeurs limites de VBS pour l’emploi des matériaux en remblais et couches de forme. À titre indicatif, une VBS inférieure à 1 g/100 g de sol est généralement acceptable pour des graves routières, tandis qu’une valeur supérieure impose des restrictions ou un traitement des fines. Sur le terrain, cette donnée vous permet de trier les déblais : certains pourront être valorisés en remblai courant, d’autres devront être orientés vers des zones moins sensibles ou faire l’objet d’un traitement. C’est un peu comme choisir les bons ingrédients pour une recette : un excès de fines actives risque de « défaire » la structure de votre ouvrage à la première pluie.

Méthodologie de compactage des remblais : essais proctor et contrôle de densité

Une fois les matériaux de remblai caractérisés et sélectionnés, la question centrale devient celle du compactage. Un remblai bien compacté se comporte comme un bloc homogène, capable de reprendre les charges sans tassements excessifs. À l’inverse, un sous-compactage engendre des vides résiduels, des zones molles et, à terme, des désordres coûteux à réparer. La méthodologie repose sur un triptyque : déterminer les paramètres de référence en laboratoire, les transposer sur chantier et contrôler systématiquement la densité obtenue.

Essai proctor normal et proctor modifié : protocoles et interprétation

L’essai Proctor est la référence pour définir la relation entre la densité sèche d’un sol et sa teneur en eau. Deux variantes coexistent : le Proctor normal, historiquement utilisé pour les remblais légers et les sols peu sollicités, et le Proctor modifié, plus énergique, adapté aux plateformes routières, ferroviaires ou industrielles. Dans les deux cas, un échantillon de sol est compacté par couches successives dans un moule normalisé à l’aide d’une dame tombante, en faisant varier la teneur en eau. La densité sèche obtenue pour chaque teneur en eau permet de tracer une courbe caractéristique.

Cette courbe présente un sommet correspondant à la densité sèche maximale γd,max atteinte pour une teneur en eau donnée. Ce point est fondamental : il définit la capacité maximale du sol à être serré sous l’énergie de compactage considérée. Le passage du Proctor normal au Proctor modifié se traduit par une densité maximale plus élevée et une teneur en eau optimale légèrement différente. Pour vos travaux de remblaiement, le choix du type de Proctor doit être cohérent avec l’usage final de l’ouvrage et les spécifications contractuelles. Les cahiers des charges routiers exigent le plus souvent un Proctor modifié pour garantir une portance suffisante.

Optimum proctor et teneur en eau optimale pour le compactage

L’optimum Proctor correspond à la combinaison densité sèche maximale / teneur en eau optimale. C’est autour de ce point que l’on cherchera à positionner l’état hydrique du matériau lors du compactage en remblai. Un sol trop sec ne se réarrange pas correctement sous l’effet des passes de compacteur, laissant des vides importants. À l’inverse, un sol trop humide se comporte comme une pâte, se déforme sous les charges et peut pomper sous le passage des engins, avec une perte de portance notable.

En pratique, les spécifications exigent souvent que la teneur en eau sur chantier se situe dans une fourchette de ± 2 points autour de la teneur en eau optimale issue de l’essai Proctor. Cela suppose une gestion active de l’humidité : arrosage si le matériau est trop sec, aération ou mélange avec des matériaux plus secs si le sol est trop humide. Cette recherche de l’optimum peut être comparée au réglage d’un béton : trop peu d’eau, il est impossible à mettre en œuvre ; trop d’eau, il perd ses performances mécaniques. Dans un remblai, vous jouez en permanence sur ce compromis pour mobiliser au mieux le potentiel de portance du matériau.

Contrôle par gammadensimètre et mesure de densité in situ

Pour vérifier que les objectifs de compactage sont atteints, des contrôles de densité in situ sont indispensables. Le gammadensimètre, ou densimètre nucléaire, est l’appareil le plus répandu sur les grands chantiers de terrassement. Il permet de mesurer, par rayonnement gamma, la densité humide et la teneur en eau du matériau sur une profondeur définie. En comparant la densité sèche en place à la densité sèche maximale issue de l’essai Proctor, on calcule le pourcentage de compactage obtenu, souvent noté Id ou « taux Proctor ».

Les exigences courantes imposent des taux de compactage de l’ordre de 95 % à 97 % de l’OPM (Optimum Proctor Modifié) pour les remblais sous chaussées et plateformes sollicitées. Les résultats sont consignés dans des fiches de contrôle et servent à la réception partielle des couches. Lorsque les conditions d’utilisation d’un gammadensimètre ne sont pas réunies (zones confinées, petites surfaces), d’autres méthodes peuvent être mises en œuvre, comme les trous de sable ou les pénétromètres dynamiques. L’essentiel, pour vous, est de disposer d’un maillage de mesures suffisant pour garantir l’homogénéité du remblai et justifier la conformité auprès du maître d’œuvre.

Épaisseur des couches élémentaires et nombre de passes de compacteur

La performance du compactage ne dépend pas seulement de l’énergie fournie par les engins, mais aussi de l’épaisseur des couches mises en œuvre. Une couche trop épaisse ne sera compactée que superficiellement, laissant un noyau insuffisamment serré. À l’inverse, des couches trop fines augmentent le temps de mise en œuvre et les coûts, sans gain significatif de qualité. Le GTR et les recommandations des fabricants de compacteurs préconisent des épaisseurs variant généralement de 20 à 40 cm après compactage, en fonction de la nature du matériau et du type d’engin.

Le nombre de passes nécessaires est défini lors des essais de convenance réalisés en début de chantier. On augmente progressivement le nombre de passes d’un compacteur sur une bande test, tout en mesurant la densité obtenue. Dès que les densités se stabilisent, le nombre de passes correspondant est retenu comme référence. Ce protocole permet d’ajuster finement la méthode à chaque type de matériau, un peu comme on règle une machine-outil avant la production en série. Ne pas passer par cette étape, c’est prendre le risque de sous-compactage ou, au contraire, de gaspiller du temps et du carburant sans bénéfice pour la qualité du remblai.

Équipements de compactage adaptés aux différentes phases de remblaiement

Le choix des équipements de compactage est déterminant pour la réussite d’un remblai. Chaque type de sol réagit différemment selon l’énergie appliquée, la fréquence de vibration et la pression de contact. Adapter les compacteurs à la phase de travaux (mise en remblai massif, couches de forme, finitions) et à la nature des matériaux permet d’optimiser à la fois la qualité et la productivité. Nous allons passer en revue les principaux engins et leurs domaines d’emploi privilégiés.

Compacteurs à pieds dameurs caterpillar et bomag pour sols cohérents

Les compacteurs à pieds dameurs, souvent appelés « compacteurs à pieds de mouton », sont particulièrement adaptés aux sols cohérents de type argilo-limoneux (classes A et B du GTR). Leurs tambours équipés de pieds saillants pénètrent en profondeur dans la masse du matériau, exerçant une action de pétrissage et de malaxage en plus de la simple compression. Les modèles proposés par des fabricants comme Caterpillar ou Bomag offrent différentes largeurs de bille, masses opérationnelles et forces centrifuges, ce qui permet de les adapter aux hauteurs de remblai et aux largeurs de fouille.

Sur un remblai routier en terrain argileux, par exemple, l’utilisation d’un compacteur à pieds dameurs en passes croisées permet d’obtenir une structure plus homogène et de limiter la formation de plans de glissement internes. Toutefois, ces engins exigent une teneur en eau proche de l’optimum : trop secs, les sols fissurent ; trop humides, ils pompent et collent aux pieds du compacteur. C’est pourquoi la coordination entre l’arrosage, le terrassement et le compactage est primordiale. En phase de finition, ces engins peuvent être relayés par des rouleaux lisses pour obtenir une surface plus régulière.

Rouleaux vibrants monocylindres hamm pour matériaux granulaires

Les matériaux granulaires, comme les graves, les sables ou les remblais caillouteux, répondent très bien au compactage dynamique par vibration. Les rouleaux vibrants monocylindres, tels que ceux de la gamme Hamm, mobilisent le frottement intergranulaire grâce à une combinaison de poids statique et de force centrifuge. Ils sont particulièrement efficaces pour les couches épaisses de matériaux bien drainés, où l’on recherche une haute densité et une bonne portance immédiate. Leur grande largeur de bille et leur vitesse d’avancement en font des alliés précieux sur les grands linéaires routiers ou ferroviaires.

Le réglage de l’amplitude et de la fréquence de vibration permet d’adapter la machine au matériau : on privilégiera des amplitudes élevées pour les couches épaisses et des amplitudes plus faibles pour les couches de forme proches des structures sensibles. Une analogie simple consiste à comparer ces rouleaux à un marteau : tapoter légèrement ne sert à rien sur un bloc de pierre, alors que des coups plus francs déclenchent la réorganisation interne. Sur vos chantiers, l’objectif est de trouver ce « bon coup de marteau » qui compacte efficacement sans endommager les structures adjacentes.

Plaques vibrantes wacker neuson et pilonneuses pour zones confinées

Dans les zones confinées, comme les tranchées de réseaux, les abords de murs de soutènement ou les petits aménagements urbains, les gros compacteurs ne peuvent pas intervenir. Les plaques vibrantes et les pilonneuses, proposées notamment par Wacker Neuson, prennent alors le relais. Les plaques vibrantes sont idéales pour les matériaux granulaires sur des épaisseurs limitées, tandis que les pilonneuses, avec leur champignon étroit, sont plus adaptées aux sols cohérents et aux espaces très réduits.

Ces équipements légers offrent une grande maniabilité, mais nécessitent une planification rigoureuse pour garantir un compactage suffisant sur toute l’épaisseur du remblai. Il est souvent nécessaire de réduire l’épaisseur des couches à 15–20 cm et d’augmenter le nombre de passes par rapport aux grands engins. Pour vous, cela implique d’intégrer dès la conception des ouvrages la question de l’accessibilité pour le compactage : un renforcement ou un remblai mal compacté derrière un mur ou sous une canalisation peut être à l’origine de désordres localisés difficiles et coûteux à réparer.

Compacteurs tandem et pneumatiques pour couches de finition

Les compacteurs tandem à rouleaux lisses et les compacteurs pneumatiques interviennent généralement en phase de finition, sur les couches de forme supérieures ou les couches de roulement bitumineuses. Les tandems assurent un compactage de surface régulier et une bonne planéité, tandis que les pneumatiques, grâce à leurs pneus gonflables, exercent une pression plus répartie et un effet de « malaxage » doux en surface. Ils sont particulièrement adaptés pour obtenir une texture homogène et limiter les vides résiduels dans les couches de matériaux traités ou les enrobés.

Sur un remblai, ces engins contribuent à la qualité de la plateforme finale, sur laquelle viendront s’appuyer les dallages, chaussées ou voies ferrées. Leur action s’apparente au lissage d’un béton après vibration : ils ne remplacent pas le compactage de structure en profondeur, mais garantissent un état de surface conforme aux tolérances et évitent les zones de concentration de contraintes. Pour des projets exigeants (plates-formes logistiques, routes à fort trafic), la combinaison de compacteurs vibrants en profondeur et de tandems ou pneumatiques en surface est devenue un standard de bonne pratique.

Stabilisation des remblais par liants hydrauliques et géosynthétiques

Lorsque les matériaux disponibles sur site ne présentent pas naturellement les performances requises, la stabilisation devient une option stratégique. Traiter un sol en place avec des liants hydrauliques ou recourir à des géosynthétiques permet de transformer un matériau médiocre en support performant, tout en limitant les apports extérieurs. Cette approche s’inscrit pleinement dans la logique d’économie circulaire et de réduction de l’empreinte carbone des chantiers, fortement encouragée par les guides récents comme le GTR 2023 et le guide LCPC-SETRA sur les traitements de sols.

Traitement à la chaux vive et ciment CEM selon le guide LCPC-SETRA

Le traitement à la chaux vive est particulièrement indiqué pour les sols fins argileux présentant une forte plasticité et une portance insuffisante. La chaux réagit avec les argiles, assèche le sol, réduit sa plasticité et améliore sa friabilité, ce qui facilite ensuite le compactage. Le ciment CEM, seul ou en combinaison avec la chaux, permet de conférer au sol des caractéristiques mécaniques plus élevées à moyen et long terme, avec une véritable prise hydraulique. Le guide LCPC-SETRA définit les classes de sols traitables, les dosages recommandés et les performances attendues en termes de résistance à la compression et au gel-dégel.

Sur un projet de plateforme industrielle, par exemple, le traitement de la partie supérieure du terrassement (PST) permet de créer une couche de forme traitée, homogène et durable, réduisant l’épaisseur nécessaire des couches supérieures. Pour vous, cela se traduit par une diminution des volumes de matériaux importés et une meilleure pérennité de l’ouvrage. Il convient toutefois de respecter scrupuleusement les protocoles de mise en œuvre : dosage contrôlé, malaxage homogène, délai de maturation et compactage dans la fenêtre de temps prescrite. Un traitement mal piloté peut conduire à des hétérogénéités et à des fissurations prématurées.

Géotextiles de séparation et géogrilles de renforcement tensar

Les géosynthétiques, et notamment les géotextiles et géogrilles, jouent un rôle croissant dans la stabilisation des remblais. Les géotextiles de séparation sont placés entre un sol support peu porteur et un remblai granulaire pour éviter la migration des fines et la contamination de la couche drainante. Les géogrilles de renforcement, comme celles proposées par Tensar, sont intégrées dans l’épaisseur du remblai pour améliorer sa capacité portante et limiter les déformations. Elles fonctionnent en créant une interaction mécanique avec les granulats, formant une sorte de « treillis » qui redistribue les contraintes.

Dans le cas de remblais sur sols compressibles ou de couches de forme sous dallage industriel, l’utilisation de géogrilles permet souvent de réduire l’épaisseur des matériaux granulaires tout en maintenant, voire en améliorant, les performances globales. C’est une solution particulièrement intéressante lorsque les matériaux de remblai de bonne qualité sont rares ou coûteux. Pour que le système soit efficace, il est essentiel de respecter les préconisations de pose : préparation soignée du support, tension correcte des nappes, recouvrements adéquats et choix d’une granulométrie compatible avec la maille de la géogrille.

Dosage et malaxage in situ avec malaxeur à chaux autopropulsé

La réussite d’un traitement de sol par liant hydraulique repose sur la qualité du mélange entre le sol et le liant. Les malaxeurs à chaux autopropulsés, souvent utilisés pour les grands linéaires routiers, permettent un malaxage homogène sur toute l’épaisseur de traitement. Ils pulvérisent la chaux ou le ciment à la surface, puis mélangent intensivement le matériau sur une profondeur calibrée, généralement de 30 à 50 cm. Cette homogénéité est essentielle pour garantir des performances mécaniques uniformes sur toute la largeur du remblai.

Le dosage est contrôlé par des systèmes de gestion embarqués qui ajustent la quantité de liant en fonction de l’avancement et de la largeur travaillée. Sur le terrain, cela implique une logistique précise : approvisionnement continu en liants, contrôle de la teneur en eau, vérification des résistances à court terme par essais de laboratoire. Vous l’aurez compris, un traitement in situ ne s’improvise pas ; il nécessite une coordination étroite entre laboratoire, entreprise de terrassement et fournisseur de liants. Bien conduit, il transforme un sol médiocre en matériau de construction performant, avec un impact direct sur la durabilité de vos remblais.

Drainage et gestion des eaux dans les ouvrages de remblai

L’eau est l’ennemi silencieux des remblais. Une gestion insuffisante des eaux de surface ou souterraines peut provoquer des tassements, des glissements de talus ou des pertes de portance. Intégrer dès la conception un dispositif de drainage adapté est donc indispensable pour assurer la stabilité à long terme de l’ouvrage. Comme pour une maison, les fondations d’un remblai doivent rester au sec autant que possible : tout le système d’évacuation des eaux est conçu dans ce but.

Couches drainantes en grave concassée 20/40 et 40/80

Les couches drainantes, généralement constituées de graves concassées de granulométrie 20/40 ou 40/80, jouent un double rôle : elles assurent à la fois la répartition des charges et l’évacuation rapide de l’eau vers les exutoires. Leur structure ouverte, composée de granulats de taille relativement homogène, crée un réseau de vides interconnectés facilitant l’écoulement. On les place typiquement à la base des remblais, au pied des talus ou sous les couches de forme sensibles à l’humidité.

Pour garantir l’efficacité de ces couches, il est important de contrôler leur épaisseur (souvent entre 20 et 40 cm), leur pente minimale vers les drains et leur protection contre le colmatage par les fines. L’utilisation de géotextiles de séparation entre la couche drainante et le sol support évite la migration de particules fines qui finirait par obstruer les vides. Sur un chantier, négliger ces détails revient à installer une gouttière sans vérifier que la descente n’est pas bouchée : l’eau finira tôt ou tard par stagner et détériorer l’ouvrage.

Mise en œuvre de drains géocomposites et barbacanes

En complément des couches drainantes, les drains géocomposites et les barbacanes permettent de collecter et d’évacuer l’eau infiltrée au sein des remblais ou derrière les ouvrages de soutènement. Les drains géocomposites combinent un noyau plastique drainant et des géotextiles filtrants, offrant une alternative légère et performante aux drains traditionnels en gravier. Ils sont particulièrement adaptés aux murs de soutènement, aux écrans en terre armée ou aux talus soumis à des arrivées d’eau localisées.

Les barbacanes, quant à elles, sont des ouvertures pratiquées dans les murs de soutènement ou les culées d’ouvrage pour permettre à l’eau de s’échapper. Leur espacement, leur diamètre et leur protection par un filtre granulaire ou géotextile sont définis lors des études d’exécution. Sur vos projets, la combinaison judicieuse de ces dispositifs permet d’éviter la montée de pressions hydrostatiques derrière les ouvrages, principal facteur de déstabilisation. Poser un mur de soutènement sans drainage, c’est un peu comme bâtir un barrage sans évacuateur de crue : en cas de forte pluie, la structure sera rapidement dépassée.

Pentes transversales et longitudinales pour évacuation des eaux

Au-delà des dispositifs de drainage enterrés, le modelé de surface du remblai joue un rôle essentiel dans la gestion des eaux de ruissellement. Les pentes transversales et longitudinales doivent être conçues pour diriger l’eau vers les fossés, bassins ou réseaux de collecte, en évitant les stagnations et les concentrations de flux. Les recommandations courantes prévoient des pentes transversales de l’ordre de 2 à 3 % pour les plateformes et de 3 à 5 % pour les talus revêtus.

Le respect de ces pentes lors de la mise en œuvre et du compactage est contrôlé par des relevés topographiques réguliers. Il ne s’agit pas seulement d’une question de conformité géométrique, mais d’un enjeu de stabilité à long terme. Des zones planes ou en cuvette favorisent l’infiltration excessive et la saturation des couches supérieures, avec un risque accru de pompage sous trafic. En anticipant ces pentes dès la phase de terrassement, vous réduisez d’autant les interventions correctives ultérieures et sécurisez la durabilité de vos remblais.

Pathologies courantes et réception des travaux de remblaiement

Malgré toutes les précautions, les remblais restent des ouvrages sensibles, dont les désordres peuvent apparaître parfois plusieurs mois ou années après la fin du chantier. Comprendre les pathologies courantes permet de mieux cibler les contrôles en cours de travaux et de définir des critères de réception pertinents. La tendance actuelle des maîtres d’ouvrage est d’exiger davantage de mesures in situ (modules de déformation, déflections) pour objectiver la qualité des plateformes et limiter les litiges ultérieurs.

Tassements différentiels et désordres liés au sous-compactage

Les tassements différentiels constituent l’une des pathologies les plus fréquentes sur les remblais. Ils se manifestent par des fissurations dans les chaussées, des désaffleurements de bordures, des ruptures de caniveaux ou des désordres au niveau des joints de structure. Leur origine tient souvent à un sous-compactage localisé, à une hétérogénéité des matériaux ou à la présence de zones de sol compressible non traitées. Un remblai peut ainsi se comporter comme un matelas à ressorts irréguliers : certaines zones s’affaissent plus que d’autres, créant des concentrations de contraintes.

Pour les prévenir, la clé réside dans l’homogénéité du compactage (épaisseur de couches maîtrisée, engins adaptés, contrôle régulier) et dans la prise en compte des sols de fondation (décapage suffisant, traitement ou substitution des zones molles). Lorsque des tassements se produisent malgré tout, des mesures correctives peuvent être envisagées : injections, reprises de compactage localisées, renforcement de la couche de forme. Mais ces interventions restent coûteuses ; il est toujours plus économique de traiter les causes en amont que de gérer les conséquences a posteriori.

Essai de plaque EV2 et module de déformation sous chargement dynamique

L’essai de plaque statique, permettant de mesurer le module de déformation EV2, est devenu un outil incontournable pour la réception des remblais et des couches de forme. Une plaque rigide est posée sur le sol et soumise à deux cycles de chargement-déchargement ; les déformations mesurées permettent de calculer les modules EV1 et EV2. Le rapport EV2/EV1 renseigne sur la qualité du compactage, tandis que la valeur absolue de EV2 est utilisée pour vérifier la conformité avec les hypothèses de dimensionnement.

Pour les plateformes routières ou industrielles, les cahiers des charges imposent souvent des valeurs minimales de EV2 (par exemple 50 à 120 MPa selon la catégorie de trafic) et un rapport EV2/EV1 inférieur à 2,5. Ces essais, réalisés à intervalles réguliers sur la surface à réceptionner, offrent une vision plus globale de la rigidité du remblai que les simples mesures de densité ponctuelles. Ils permettent d’identifier des zones plus faibles nécessitant une reprise de compactage avant la mise en œuvre des couches supérieures. Pour vous, c’est un outil de dialogue factuel avec la maîtrise d’œuvre et le bureau de contrôle.

Déflectomètre à masse tombante et essai à la dynaplaque

Les essais à la masse tombante, réalisés avec un déflectomètre ou une dynaplaque, complètent la panoplie des outils de contrôle en introduisant une composante dynamique proche des sollicitations réelles de trafic. Un poids est lâché sur une plaque d’appui et les déflections induites dans le sol sont mesurées par des capteurs ou interprétées via des corrélations normalisées. Ces méthodes permettent d’évaluer la portance globale de la structure sous sollicitation transitoire et d’identifier des zones sous-dimensionnées ou mal compactées.

De plus en plus répandus sur les chantiers routiers et aéroportuaires, ces dispositifs présentent l’avantage d’être rapides, non destructifs et facilement répétables. Ils s’intègrent parfaitement dans une démarche de contrôle qualité renforcée, où l’on cherche à objectiver au maximum la performance des remblais et des couches de forme. En combinant essais Proctor, mesures de densité, essais de plaque et essais dynamiques, vous disposez d’une vision complète du comportement de vos remblais, depuis la microstructure des matériaux jusqu’à la réponse globale sous charge. C’est cette approche intégrée qui permet, au final, de livrer des ouvrages en terre durables, sûrs et conformes aux exigences du GTR 2023.